223 grammes

– Granville, Manche –

Un drive mettant les circuits-courts et le vrac à l’honneur pour tous les produits du quotidien

> Site web de l’initiative

1- Introduction

223 grammes est un drive proposant un large panel de produits du quotidien, les plus locaux et bio possibles. Il cherche à concurrencer l’offre des GMS par sa praticité, notamment en se positionnant en périphérie de la ville sur les trajets du quotidien des habitants et en offrant la possibilité de retirer ses commandes sous une heure. Outre le développement de circuits-courts locaux, 223 grammes est investi dans la réduction des déchets et propose un système de consigne efficace.

2- Histoire et valeurs du projet

223 grammes a été créé par Manon Lecardonnel et Manon Guaine, qui n’ont « pas que leur prénom en commun » : toutes deux originaires de la Manche, elles se sont connues à Caen au début de leurs études supérieures et ont réalisé ensemble leur cursus d’ingénieur agronome à Rennes. Après avoir travaillé un temps chacune de leur côté (la première dans le marketing et la communication, la seconde dans la grande distribution puis dans le recrutement), elles ont souhaité s’investir ensemble dans un projet qui soit à l’image de leur engagement en faveur de l’écologie.

Ainsi est né 223 grammes (nom donné en clin d’œil au chemin de grande randonnée GR 223, qui part du Mont Saint-Michel jusqu’à la baie de Seine) avec un objectif-clef : « contribuer à [leur] échelle à l’éveil des consciences en valorisant les ressources que leur région et leurs producteurs, et en proposant des solutions pour réduire l’impact de notre alimentation au quotidien ».

Vous pouvez retrouver leur présentation vidéo ICI.

3- Réseaux d'appartenance

223 grammes est une structure indépendante et autonome. Mais les spécificités de son fonctionnement et sa gestion des stocks quasiment en « flux tendu » impose des contacts étroits et permanents avec un vaste réseau de fournisseurs (voir partie logistique).  

 

4- Produits et producteurs

L’offre de produits de 223 grammes entend couvrir l’essentiel des besoins du quotidien, et ainsi offrir une réelle alternative aux GMS : épicerie sucrée et salée, fruits et légumes, des produits frais (beurres, yaourts, crème, fromages) ainsi que des produits d’hygiène et d’entretien.

Il n’existe pas de charte formelle pour sélectionner les producteurs, mais les deux Manon sont guidées par un principe : « s’approvisionner autant que possible auprès de producteurs locaux et bio – et lorsqu’aucune offre locale n’existe, privilégier les produits bio des régions limitrophes ». Quand une référence est introuvable à proximité mais jugée indispensable à leur catalogue, elles s’autorisent toutefois à élargir leur périmètre de prospection au reste de la France.

223 grammes agrège en tout les produits d’une quarantaine de producteurs.

5- Modalités de commercialisation

223 grammes propose un positionnement géographique et commercial original dans le paysage local :

  • Du point de vue de l’offre commerciale, elle est la seule structure de Granville à offrir le trio de service drive, circuit-court et vrac – une offre qui lui permet de se démarquer de la Biocoop ou de Leclerc et d’attirer une clientèle engagée en faveur de l’écologie, d’autant que l’offre en Amap est relativement faible sur le secteur.
  • Du point de vue géographique, elles ont fait le choix de se positionner en zone commerciale : « un lieu qui n’est pas forcément très sexy, mais hyper pratique d’accès et sur les trajets du quotidien de presque tous les habitants de Granville, ce qui permet de ne pas susciter des trajets spécifiques ».

La commercialisation se fait via un site Internet conçu grâce à l’outil de vente en ligne Prestashop, dont elles se disent très satisfaites : « même s’il y a quelques petits bugs et des choses qui ont dû être réglées au fur et à mesure, ce système est fiable, l’expérience utilisateur est convenable et on peut gérer nos stocks assez facilement. Jusqu’à présent, on n’a pas eu de mauvaise surprise ».

Le retrait des commandes se fait devant le local de stockage de 223 grammes, sous une heure ! Un délai très bref mais qui ne pose pas de problème logistique particulier : « au début, on avait mis un créneau de 3h mais on s’est rendues compte que comme tout est pré-conditionné, on met finalement très peu de temps à faire une commande : les bocaux sont déjà remplis, ils sont déjà dans nos étagères, tout est étiqueté, tout est hyper clair… Il y a bien sûr quelques fois des moments de « rush » car les gens viennent beaucoup en fin de journée, mais à 2 on arrive toujours à le gérer très bien. Et finalement, le retrait en une heure n’est pas tant utilisé que ça, même si c’est quelque chose de très bien perçu par nos clients ».

Ce système de drive offre, contrairement à ce que l’on pourrait penser, un espace de discussion aux clients : « certains repartent bien sûr très vite et utilisent le drive justement pour son efficacité, mais d’autres restent 15/20min pour discuter, font des achats complémentaires sur place… et finalement de vrais liens se créent avec nos clients ».  

La clientèle ciblée initialement était plutôt une active (avec l’idée d’un retrait à la sortie du travail), mais en définitive il y a également beaucoup de retraités « qui n’ont pas forcément envie de passer beaucoup de temps dans les magasins – la limite étant bien sûr qu’il faut être à l’aise avec Internet ».

6- Modalités logistiques

6.1 – La gestion des stocks 

La plus grosse difficulté à surmonter est clairement la gestion du stock : « c’est très difficile et c’est toujours une grosse galère au quotidien, en particulier pour le frais : parfois on fait une commande pour la semaine suivante car on n’a pas beaucoup vendu et on est à peine livrées qu’on est déjà en rupture. Et puis parfois, on fait une petite commande parce qu’on a beaucoup vendu avant et on va se retrouver avec des produits sur les bras. C’est une difficulté qu’on ressent au quotidien ». 

Néanmoins, les deux Manon disent s’en sortir sans trop d’invendus grâce à trois bonnes pratiques :

  • Stocker le moins possible, au risque d’avoir des pénuries momentanées : « dès le départ, on est parti “petits” avec environ 15.000 euros de stocks : on a toujours été plus près du flux tendu que du surstockage. Parfois il nous arrive d’être en rupture sur un produit, ce qui peut être jugé comme une mauvaise stratégie, mais moi j’ai tendance à penser que créer le manque ce n’est pas si grave, surtout pour des produits en circuit-court : on est aussi dans une dynamique de rééducation des consommateurs autour des questions de disponibilité, de saisonnalité, et on leur explique les difficultés d’approvisionnement
  • Développer une très bonne connaissance des fournisseurs, pour les solliciter efficacement sur de petites commandes régulières et profiter de leurs trajets naturels : « nos producteurs locaux sont des gens que l’on connait maintenant très bien : on connait leur fonctionnement, on connait leurs tournées de livraison, on sait quand est-ce qu’ils sont dans le coin et on communique de façon permanente avec eux. C’est ce qui nous permet de faire des commandes plus petites mais très régulières, parfois jusqu’à deux fois par semaine ».
  • Favoriser les dispositifs commerciaux anti-gaspillage, notamment des réductions sur les produits dont la date de péremption approche : « on a une catégorie sur notre site Internet qui s’appelle « anti-gaspi » avec des soldes, ce qui nous permet d’écouler pas mal d’invendus et de limiter la casse pour les produits frais ».

Autant de bonnes pratiques qui permettent de limiter les invendus « à un niveau satisfaisant ». Elles confessent néanmoins qu’il n’y a « pas de solution miracle : il faut avoir tout le temps le nez dans les stocks ».

6.2 – La préparation des commandes

Les commandes sont réalisées selon un procédé jugé « un peu artisanal », mais qui fonctionne néanmoins très bien : « on a tous nos produits sur des étagères, rangés pour que ce soit logique et facile quand on prépare les commandes : on a le sucré d’un côté, les boissons chaudes d’un autre, les boissons tout court ailleurs, toute l’épicerie salée, la partie apéritif, les pâtes et le riz qui sont ensemble. Sur la partie étiquetage, on fait tout à la main en publipostage via Word et Excel et on édite nos étiquettes : on a pris le coup maintenant, on est assez rapide. Si on est amené à grossir, il faudra un système plus efficient mais aujourd’hui cela convient pour le volume qu’on fait ».

Les commandes sont disposées dans des cagettes en bois (1 cagette par client), qui sont généralement rapportées la semaine suivante avec les bocaux vides des achats vrac.

6.3 – La gestion du vrac

Pour le vrac, elles achètent en gros et reconditionnent dans des bocaux en verre consignés. D’un point de vue pratique cela implique d’avoir un lieu de stockage des bocaux et une plonge professionnelle. Pour les produits secs, ceux-ci sont re-remplis sur place ; pour la crèmerie, les bocaux sont envoyés directement aux producteurs qui se chargent de les laver et de les remplir à nouveau dans leur laboratoire (pour des raisons sanitaires, elles délèguent entièrement le conditionnement aux producteurs pour la crèmerie et les viandes).

Ce système rencontre un vrai enthousiasme, tant pour la clientèle retraitée « qui avait l’habitude de fonctionner comme cela avant et trouve le système facile, normal et efficace » qu’auprès d’une population croissante de consommateurs soucieux de réduire leurs déchets : « on ne fait quasiment pas d’emballage donc du point de vue de l’acheteur, la différence est très palpable ; et s’ils sont un peu interrogatifs au début, le système « je fais attention à mon bocal », « je le ramène », « je récupère mon bon d’achat », « je repasse commande » finit par entrer dans les pratiques quotidiennes et est finalement hyper bien perçu ».

Il demeure toutefois une problématique de coût pour certains acheteurs (le bocal étant facturé 1 euro) : « des gens nous ont dit que ça pouvait devenir assez cher s’il y a plusieurs consignes dans une commande. Donc on réfléchit à terme à mettre en place un système de consigne inversée, c’est-à-dire acheter un grand stock de bocaux et de ne pas le consigner, et rémunérer à hauteur de quelques centimes d’euros les gens qui ramèneraient leurs bocaux au drive. Mais pour l’instant notre modèle fonctionne quand même bien – et le frein est surtout sur la première commande, ensuite on finit par oublier ».

Vous pouvez voir Manon Guaine détailler son système de vrac dans une vidéos accessible ICI.

7- Autres activités

223 grammes ne développe pas d’autres activités en dehors du Drive.

8- Modèle humain : RH et gouvernance

223 grammes fonctionne grâce au travail à plein temps des deux Manon, qui « espèrent pouvoir se salarier à la fin de l’année 2021 ».

Les tâches sont réparties « de façon naturelle » : « Manon a une expérience communication que moi je n’ai pas du tout donc c’est elle qui anime les réseaux sociaux, qui répond aux demandes que l’on a sur le site internet, etc. Elle s’occupe aussi de la partie graphisme, création des visuels… Moi je m’occupe de la logistique, des stocks, du réassort, des commandes fournisseurs. Pour le reste on se le répartit en fonction de nos charges de travail respectives, et puis des envies aussi ».

La prise de décision se fait également de façon informelle « tous les jours au bureau ».

9- Modèle juridique

L’entreprise fonctionne sous le statut SARL, qui ne pose « aucune difficulté ou charge particulière » et dont elles se disent satisfaites jusqu’à présent.

10- Modèle économique

10.1 – Les investissements initiaux et frais de fonctionnement

Le projet a coûté entre 50 000 et 60 000 euros, dont 15.000 euros de stock de base et un site Internet ayant coûté entre 7 000 et 8 000 euros.

Le reste se répartit entre :

  • la location d’un hangar de 120m2 avec des bureaux et un espace de stockage,
  • les bocaux,
  • la plonge,
  • la machine à laver et le sèche-linge pour les pochons
  • 3 frigos pour le frais – une solution privilégiée au lancement à l’achat plus onéreux d’une chambre froide, mais qu’elles regrettent aujourd’hui : « une chambre froide aurait permis de conserver un peu plus longtemps les fruits et légumes et nous aurait offert plus de souplesse ».
  • des étagères pour le rayonnage

Aujourd’hui, il demeure des frais liés au site web : 300 euros / an pour l’abonnement aux Prestashop plus quelques modules payants complémentaires (module « consigne », module « paiement en ligne », etc.) et l’amélioration permanente de son ergonomie et de ses fonctionnalités.

Elles n’ont pour l’instant pas eu besoin d’acheter un transpalette : « quand on a des livraisons, on demande aux livreurs gentils de nous mettre la palette là où ça nous arrange et on fait tout à la main grâce à des petits chariots qui nous servent pour faire les commandes et déplacer les bocaux ».

10.2 – Évolution du CA et de la clientèle

Lancé début 2020, 223 grammes a déjà une base de clientèle de plus de 200 personnes inscrites sur le site, et une trentaine de clients réguliers qui viennent toutes les semaines ou tous les 15 jours – des chiffres qui augmentent constamment depuis l’ouverture.

A l’heure actuelle, en moyenne, une trentaine de paniers sont réalisés chaque semaine pour un montant moyen de 40 euros (montant moyen qui augmente lui aussi tous les mois).

11- Communication et marketing

223 grammes a beaucoup investi dans sa communication au travers de multiples canaux :

  • Au lancement, elles ont créé une campagne participative sur Mimosa qui leur a permis « d’une part de récolter des fonds, d’autre part de se faire connaitre et de susciter l’engouement auprès de leur future clientèle ».
  • Elles créent aussi régulièrement des vidéos pour expliquer l’histoire et le fonctionnement de 223 grammes : vous pouvez retrouver leur chaîne Youtube ICI
  • Elles sont également très actives sur les réseaux sociaux Facebook et Instragram
  • De l’affichage dans Granville pour « se planter dans le décor et faire connaitre notre logo, notre charte graphique, notre univers ».
  • Des interviews auprès des collectivités, de la CCI pour aussi se faire connaitre par ce biais-là.

 Elles avaient également un programme événementiel (réunions, dégustations, etc.) qui n’a pas encore pu être déployé à cause du Covid

12- Enjeux et avenir

Plusieurs idées de développement sont évoquées pour la suite, et notamment développer des points de retrait mais aussi essayer de toucher une clientèle de touristes, notamment « en mettant en place des partenariats avec des conciergeries qui louent des appartements à Granville, et qui pourraient proposer des paniers pour l’arrivée des gens ».

13- Récap !
  • Nom de l’organisation : 223 grammes
  • Adresse : 430, rue de la Parfonterie 50400 GRANVILLE
  • Sites Web : https://223grammes.fr/
  • Nom du référent (avec poste) : Manon Guaine et Manon Lecardonnel
  • Territoires desservis (urbain, rural, national, régional, départemental, communal, à l’échelle d’un PNR : Granville
  • Structure juridique (entreprises, associations, coopérative, organisme communautaire, organisme gouvernemental, autre) : SARL
  • Date de création : 2020
  • Quel volume approximatif de ventes / de CA ?: environ 1200 euros par semaine
  • Comment caractérisez-vous de façon globale votre circuit de distribution ? Drive

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